Réponses même pas royales d’un gars pourtant prénommé Baudouin

Le contenu de “Question(s) Royale(s) de Frédéric Deborsu ? On va imaginer, lectrice, lecteur, que tu es invité à un mariage de quelqu’un qui travaille dans les médias et qui t’a calé à une table où tous les autres convives sont des journalistes qui couvrent de près ou de loin la famille royale. Au moment du toast, pour briser la glace un des compères se lance : “…ça me rappelle la fois où je couvrais le voyage de Philippe pour l’Office du Commerce extérieur et…”. C’est parti : les anecdotes succèdent aux anecdotes, on en apprend des belles et des moins belles, des vertes et des pas mûres sur toute la famille.

Belgique - Bruxelles - Palais royal

Est-ce que les anecdotes sont de première main ? Probablement une bonne partie, mais peut-être pas toutes. Est-ce qu’elles sont fiables et vraies ? Probablement en grande partie. Est-ce que quelqu’un qui bosse au service direct du roi va se la jouer Gorge Profonde (non, pas le film) et fuiter des vents favorables terrrrrriblement croustillants ? Je ne pense pas.

Le contenu du bouquin c’est un peu ça. Il y a The Good, The Bad and the Ugly.

king and queen

The Good : (sans aucun ordre en particulier)

– Le papier : luxueux comme un cocktail servi dans un bar de palace. 120 g/m2 ? Plus ? J’ai rarement feuilleté du papier d’aussi belle épaisseur. Quand on a été publié sur papier, on ne peut être que jalousie (et se demander pourquoi ce beau papier a été utilisé)

– Pourquoi le bouquin a fait autant de bruit ?

Primo, parce que les protagonistes du bouquin font partie de notre vie quotidienne. J’aperçois le profil d’Albert II à peu près chaque fois que je manipule une pièce de monnaie. Quand on parle de “Laurent”, “Philippe”, “Albert” ou “Paola”, on emploie le prénom, comme avec des proches.

Deusio, parce que dans les royaumes un des rôles de la famille royale est d’être “deuxième famille” ou “famille-exemple”. On cite le comportement des petits princes en exemple à la marmaille roturière. Ce qui lui arrive titille notre rapport à la famille. Notre rapport à la notion de famille vient teinter notre vision de la famille royale. Dans un monde de conte de fées, un monde où ce qui est écrit dans les communiqués de presse serait la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, la famille royale serait suffisamment parfaite pour que nous puissions projeter l’image de la famille, différente pour chacun de nous, sur cet écran et cette projection nous mettrait du baume là ou ça fait mal. Pour citer un philosophe contemporain “Lourd est le parpaing de la réalité sur la tartelette aux fraises de nos illusions”

– Frédéric Deborsu la joue fair-play et transparente. Il explique comment Nos Altesses se sont, selon lui et ses sources, rencontrées maritalement. Il raconte également comment lui a rencontré la mère de ses enfants.

– Le chapitre sur ce qui se passe entre la religion et nos altesses. Oh. My. God. (pun intended).

– Je ne souhaite pas l’enfance de Philippe ou Laurent à mon pire ennemi. Dans une famille normale, quand les parents “s’éloignent”, il y a un tissu social autour (oncle, tante, grands-parents) pour prendre le relais. Pas dans le leur, ça n’excuse pas tout mais ça explique beaucoup.

– Ca fait un moment que je me demande à quel âge on comprend qu’on n’est pas un petit garçon comme les autres, qu’on va par définition laisser son prénom avec un chiffre derrière dans les livres d’histoire, vivre toute sa vie avec un tas de pressions sur les épaules : les médias, les responsabilités, les chrysanthèmes à inaugurer même si on a plutôt envie de se rouler dans la mousse d’une clairière sous le doux soleil d’un beau jour de mai. A quel âge est-ce que cette information percute et quel dégâts fait-elle ?

Funeral Prince Alexander of Belgium

The Bad : (sans ordre particulier)

– Nos Altesses ont des défauts. Ce ne sont pas des personnes parfaites. So what ? Je ne suis pas parfait. Un journaliste d’investigation armé d’un téléphone, de Google et de temps pourraient sans problème dégoter des passages de ma biographie pas glorieux-glorieux. On doit être à peu près 7 milliards dans le cas. Est-ce que les défauts de Nos Altesses régnantes ou pas encore vont nous précipiter vers l’apocalypse ou bien est-ce qu’ils vont nous jouer la succession façon Hamlet : un peu fou-fou tant qu’on est “que” prince héritier et à la hauteur du job une fois le jour de la succession arrivée ? Let’s find out !

– Page 72 “le 11 juillet [1960] le Zaïre va proclamer son indépendance”. Nope. C’est le Katanga.

– à propos du mariage Albert – Paola “aujourd’hui on peut se demander à quel point ce coup de foudre n’a pas été organisé (…)”. Aujourd’hui on peut se demander si les Vénusiens vont nous envahir avant les Martiens. Aujourd’hui, on peut se demander pourquoi le tortue. Aujourd’hui on peut se demander si Obama n’a pas été déposé sur cette planète depuis la soucoupe volante qui s’est – tout le monde sait ça – posée à Roswell. En tant que lecteur, je suis frustré. Est-ce que la formulation chèvrechoutesque a été imposée après une relecture juridique ? Est-ce que les sources de Frédéric Deborsu à ce sujet n’étaient pas tellement certaines d’elles ? Quel crédit donner à une spéculation intellectuelle qui donne l’impression de s’être embarquée sans biscuits ? Où est le revolver encore fumant ? Si tu ne sais pas, tu ne dis pas. Parole, argent, silence, or, toute ces sortes de choses…

– Le chapitre qui prévoit une abdication et un passage de témoin en 2013. Je m’engage publiquement à mettre un billet de 20 euros dans une enveloppe et à la remettre à l’attention de Frédéric Deborsu à la guérite de l’entrée Diamant de la RTBF le premier jour ouvrable de 2014 s’il y a eu abdication un jour quelconque de l’année 2013. (vous n’avez rien lu).

The best laid schemes of mice and men
Go often awry

– Frédéric Deborsu se réjouit du score de son Questions à la une consacrée au Prince Laurent et affirme que c’est le record d’audience (708 000 téléspectateurs) de la RTBF. C’est vrai mais seulement pour l’année 2011 au cours de laquelle il a été diffusé, ça n’est pas le meilleur score d’audience de tous les temps de la RTBF. En 2010, un peu moins d’un million de téléspectateurs ont regardé la finale de la coupe du monde sur la RTBF, en 2009 le journal télévisé du 20 décembre a réuni 789 000 téléspectateurs. Additionner les scores de la première diffusion et de la deuxième n’est pas donner un chiffre exact : bonne chance pour savoir lesquels des 700 000 téléspectateurs de la première diffusion étaient présents pour la rediffusion. Ceci dit, décrocher le plus haut score d’audience de l’année pour sa chaîne à soi tout seul avec quelques boules de glace et un billet de 10 euros, il faudrait être un shaolin de la modestie pour résister à l’envie de se la péter, non ?

– Frédéric Deborsu met sa tête en tête de gondole de son livre. Je préfère la photo un peu ironique de la version néerlandophone mais je m’interroge sur la démarche. Même les plus gros vendeurs ne montrent pas leur bobine sur les couvertures de leurs produits livres, ils s’affichent en bandeau retirable.

Belgique - Bruxelles - Palais royal - Roi Léopold III

The Ugly : (sans ordre particulier)

– Le texte renvoie à plusieurs reprises à des photos figurant dans un cahier central. Il n’y a pas de cahier central. La Renaissance du Livre, la prochaine fois, tu utilises Scrivener, tu tapes “cahier central”, tu vois immédiatement à quels endroits du texte ces mots apparaissent, dix bonnes minutes d’editing plus tard le problème est réglé. (tant qu’on y est, si ce logiciel pouvait devenir standard dans le monde de l’édition, ça me ferait des vacances)

– Le. Style. Frédéric Deborsu a surtout écrit des commentaires de reportage et ça se sent terriblement. C’est une écriture marquée par l’oralité, pas une écriture “écrite”. Quelqu’un. Quelque part. Lui a. Dit de. Faire des. Phrases courtes et. De. Temps. En. Temps. Ses phrases sont. Trop raccourcies. Ce tic d’écriture est orchidoclaste, ce tic d’écriture m’arrache les yeux à la pince à sucre, ce tic d’écriture me donne des envies de napalm. On me dit dans l’oreillette qu’un protocole additionnel à la Convention de Genève sur la torture est en cours de négociation.

– Dans la vie politique belge, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, à part un républicain à voix de stentor et un moustachu au bras long on n’a pas beaucoup révolvérisé. Mais, sans déconner, est-ce que c’est une raison suffisante pour expliquer où, quand et comment s’y prendre pour dribbler la protection royale ? Je voudrais être certain qu’à l’endroit concerné des mesures ont été prises depuis mais… ce chapitre à la première personne pouvait être condensé en une anecdote d’une page et, à mon très humble avis, beaucoup moins entrer dans les détails.

On va conclure en espérant que l’auteur a tourné son clavier dans sa bouche un nombre suffisant de fois avant de signer le bon-à-tirer.

P.S. Je ne sais pas qui a fait la relecture juridique mais j’ai aperçu au moins deux phrases à double niveau de lecture possible. Ou alors c’est moi qui voit le mal partout…

Crédit photos : burningbridges, esther1616, saigneurdeguerre

Un commentaire

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :