Comment faire interdire un livre (ou du moins essayer)

J’ai presque envie de commencer par « il était une fois… ». Dans un camp, un éditeur qui prépare un livre sur un paisible préretraité nommé Marcel Habran. En face, ce préretraité et ses avocats (dont un scénariste fumeur de pipes).

Au milieu : l’article 25 de la Constitution. Une petite chose qui dit :

La presse est libre; la censure ne pourra jamais être établie; il ne peut être exigé de cautionnement des écrivains, éditeurs ou imprimeurs. Lorsque l’auteur est connu et domicilié en Belgique, l’éditeur, l’imprimeur ou le distributeur ne peut être poursuivi.

Le scénario : le préretraité passe une partie de son temps dans les tribunaux à suivre des procès. C’est propre, c’est chauffé, c’est bien fréquenté et c’est distrayant. Une fois, pour que ce soit encore plus intéressant, il a joué à « Je suis l’accusé ». C’est plus difficile mais plus amusant, surtout quand on gagne à la fin.

Pendant ce temps, un journaliste qui connaît bien le préretraité prépare un livre qui raconte sa carrière (celle du préretraité, pas celle du journaliste). De cette façon, le préretraité disposera d’un aide-mémoire pratique quand ses petits-enfants, perchés sur ses genoux lui réclameront : « Raconte encore, Papy ! »

Papy pourra leur raconter que son avocat a voulu faire interdire le livre et qu’ils ont laissé des messages téléphoniques et un de leurs numéros de GSM (047X XXXXX4) sur la messagerie du journaliste peu avant que Papy recommence à disputer une nouvelle partie de « Je suis l’accusé ». En fouillant dans les albums de famille, Papy pourra même montrer
un fax un peu jauni à l’idée d’interdire la publication :

Courrier de Me Berenboom à Me Uyttendaele

Le livre du journaliste sera -t- il publié ? Papy Marcel va -t- il gagner sa nouvelle partie de « Je suis l’accusé » ? Suspense…

(full disclaimer : c’est pas comme si je ne passais pas de temps en temps du temps dans les bureaux de cet éditeur)

Si seulement tu comprenais – Oulipo Dub edit : Harlequinades 2009

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“Si seulement tu comprenais” : ni Guillaume Musso ni Marc Lévy n’ont encore emprunté ce titre à Jane Corrie alors que pourtant, avec la bonne quatrième de couverture…

Que se passe -t- il quand on concocte un mini-texte en choisissant le début du premier paragraphe d’une page choisie au hasard (une variante de la technique de la page 100) ? Le résultat, fourni par les pages 11, 19, 41, 45, 64, 83, 99, 103, 117, 128, 146 est à la fois cohérent et énigmatique.

Jugez plutôt :

Cassy avait été finalement assez contente, alors, de ne pas s’éloigner. Sylvia lui fit face et la dévisagea longuement. Mais au même instant, un groupe de touristes s’était approché du conducteur et monta dans la voiture avec des cris de joie. Profondément affectée, bouleversée, Cassy eut envie de révéler toute la vérité à Julien. Son sourire s’évanouit. Il était injuste de classer Julien dans cette catégorie peu recommandable. Une voix familière et indésirable résonna derrière elle. L’ineffable Réginald la rejoignit en trois pas. La main de la jeune fille se crispa sur le récepteur.

– Bien, je ne peux pas me prétendre navrée ajouta -t- elle d’un air malicieux.
– C’est magnifique, n’est-ce pas Greg ?

Cassy arriva à l’aéroport de Londres à l’aube le lendemain matin. Une pensée ne cessait de la hanter, avec une insistance déprimante, en dépit de tous ses efforts pour la chasser : et si Julien avait décidé de prendre sa revanche ?

Si du wi-fi parvient à se faufiler sous le marbre funéraire du cimetière de Montmartre, le bon Marie-Henri Beyle doit se gratter d’aise dans son mausolée en constatant une fois de plus à quel point il avait raison en écrivant “Les mots les plus importants d’un roman sont ceux qui n’y sont pas.”

Heureusement, deux bonus en fin de volume viennent rappeler qu’on est bien dans la collection Harlequin :

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